La « permattitude » managériale : Utopie de « doux rêveurs » ou opportunité accessible ? Une histoire en quatre épisodes

Transformation managériale

par Florence Guillerm – coach agile et facilitatrice

Mai 2019

 

Cet article, en quatre épisodes, est le fruit de plusieurs mois d’observations, de questionnements et de lectures sur les nouvelles approches managériales, essentiellement nourris par l’expérience de projets de transformations vécus sur le terrain.

Ce sont à la fois des hypothèses et des convictions dont le but est de susciter la réflexion et d’ouvrir sur d’autres « possibles », au regard des profondes mutations déjà à l’œuvre.

Il est écrit au masculin (pour en faciliter la lecture en évitant l’écriture inclusive complexe) mais concerne aussi, bien sûr, toutes les femmes. Merci de votre attention 😉

Episode 1/4 : La « permattitude » managériale, quésako ?

La « permattitude » managériale ou s’inspirer du vivant

 Dans un monde qualifié de V.U.C.A : « Volatile, Uncertain, Complex, Ambiguous », terme inventé d’ailleurs par l’armée américaine, où il est reconnu comme important de s’adapter rapidement en saisissant toutes les opportunités, où rien n’est acquis d’avance ni stable dans la durée, certaines entreprises ont naturellement adopté une diversité d’approches et d’organisations qui font quotidiennement leurs preuves : libération du pouvoir d’agir au sein des collectifs (« empowerment »), méthodes et comportements agiles au cœur des dispositifs, co-création et innovation en transversal aussi, nouvelles formes de « leardership» inspirant, gouvernance au consentement (sociocratie, holacratie), « social business »…

Non seulement ces nouvelles approches s’avèrent in fine plus rentables, mais elles permettent aussi à ces entreprises de s’inscrire durablement dans un monde complexe en créant du sens et de la valeur pas uniquement financière. Chacun, qu’il soit client ou collaborateur, peut ainsi cultiver la fierté de contribuer à un projet sociétal et environnemental porteur d’avenir. Le mot « prospérité » vient d’ailleurs du mot grec « pro » qui veut dire « vers l’avenir » et « pero » qui est « se projeter » (source: Guillaume Pérocheau et Emmanuel Delannoy, ouvrage et conférences sur la « permaéconomie »).

Pour la plupart inspirés du « vivant » dans leur capacité à s’adapter tout en apprenant et en se « métamorphosant » (source:  « Entreprises vivantes » sous la direction de Manfred Mack et Christine Koehler), ces nouveaux modes de travail ont permis de faire émerger de nouvelles formes de management dont les grands principes peuvent rejoindre, pour l’essentiel, ceux d’une méthode de culture innovante appelée la « permaculture », qui permet de cultiver la terre durablement tout en régénérant les sols, dans une logique de transformation permanente inspirée de la nature.

Bien plus qu’une simple métaphore, la « permattitude » managériale est une approche concrète des organisations et des relations au travail, dont le but est de gagner en « mieux-être », pour produire en trouvant un équilibre durable.

La « permaculture », d’où vient-elle et en quoi consiste-t-elle ?   

Née en Australie, plus précisément en Tasmanie dans les années 1970, à partir des recherches du professeur-chercheur en biologie Bill Mollison et de son étudiant David Holmgren, le mot est la contraction de « permanent » et d’« agriculture » et désigne une méthode agricole plus durable, inspirée des systèmes naturels et de pratiques ancestrales qui érigent la nature comme modèle.

Au fil des années, la méthode a gagné les pays anglo-saxons jusqu’au monde entier où elle continue de s’enrichir des découvertes d’autres « permaculteurs » en complément d’autres approches comme « l’agroécologie », « la biodynamie », l’agriculture biologique…

Il s’agit principalement de produire une récolte en travaillant avec la nature et non contre elle, d’observer et de réfléchir avant d’agir, d’être prioritairement attentif à l’humain, de voir le système dans son entier plutôt qu’élément par élément et de préférer les petites actions simples et accessibles aux grands changements.

L’idée est également d’intégrer plutôt que de séparer en gardant à l’esprit que tout se jardine, de valoriser ce qui est à la marge en restant positif et proactif car les problèmes sont, in fine, les solutions.

Le contexte et les conditions locales sont le point de départ, les mises en œuvre et les tests sont questionnées dans le temps, les « feed-backs » sont permanents et permettent de s’ajuster en étant positifs et créatifs. L’efficacité énergétique est également planifiée et optimisée, la recherche d’un équilibre durable reste essentielle et chaque élément est placé selon sa relation avec les autres de manière à trouver les meilleures complémentarités et collaborations possibles.

Ce nouveau modèle fait le pari de l’économie comme moyen, il repose sur l’idée que tout est interdépendant et se transforme de façon permanente en ayant un impact direct sur l’écosystème, ce qui implique un réalignement avec la nature du monde dont nous faisons partie.

Il se positionne ainsi en rupture avec les anciens « mythes » issus des siècles précédents et basés sur l’exploitation sans limites des ressources, la guerre économique perpétuelle, la culture des règles et des processus au service de l’ultra performance, et annonce un changement profond de paradigme pour le siècle à venir (source: Guillaume Pérocheau et Emmanuel Delannoy, ouvrage et conférences sur la « permaéconomie »).

Cette vision rejoint d’ailleurs les aspirations profondes d’une grande majorité de milleniums (nés entre 1980 et 2000) et orientent leurs choix professionnels, y compris des plus diplômés que cherchent à attirer un grand nombre d’organisations.


Le prochain épisode abordera la traduction concrète de la « permattitude » managériale en entreprise et en particulier le volet « humain » qui est au coeur de cette approche.

 

Florence Guillerm – coach agile et facilitatrice

A propos de l'auteur
Béatrice Van Bastelaer

Directrice Acemis / Transformation par l'expérience clients

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