La « permattitude » managériale – épisode 4

News Transformation managériale

Episode 4/4 : Et concrètement ?  Jouer la carte collective comme un atout majeur en favorisant les alliances naturelles, être curieux et cultiver un optimisme contagieux.

par Florence Guillerm – coach agile et facilitatrice

Mai 2019

Dans l’avant dernier épisode, il a surtout été question d’une posture basée sur la confiance et l’humilité, et sur la capacité à inspirer les équipes par le rêve, tout en restant proche d’elles. Les collectifs ont aussi besoin d’écrire une belle histoire dont ils sont les acteurs, et s’ils prennent l’habitude de travailler collectivement en bonne intelligence, ils peuvent faire des merveilles. La curiosité et l’optimisme pratiqués au quotidien sont également une source importante d’innovation et de motivation, à cultiver sans modération. 

Raconter de « belles » histoires et célébrer les réussites 

Le récit que chaque groupe se raconte sur lui-même joue de manière significative sur l’énergie d’un projet et la capacité à le mener jusqu’au bout. La méthode très puissante de « l’approche narrative » développée par Michael White et David Epston, s’appuie ainsi sur l’idée que chacun peut reconstruire une histoire personnelle alternative à celle dans laquelle il est peut-être resté enfermé pendant des années.

En réécrivant cette histoire à partir d’éléments positifs réellement vécus, il se reconnecte à des ressources cachées et renoue avec ses rêves et ses aspirations profondes. Cette « belle » histoire peut aussi s’écrire collectivement en partant d’une vision partagée inspirante, en donnant du sens dès que possible, en cultivant des ressentis positifs réguliers et en célébrant les efforts et les réussites les plus marquantes. Elle agit comme un liant qui « tient » le collectif et lui permet d’élaborer son identité, puis d’avancer et de rayonner au-delà de la cohésion.

Créer les conditions de l’intelligence collective

En plus de l’intelligence émotionnelle, l’intelligence collective au service d’un projet inspirant porteur de sa belle histoire, co-construit par tous, et amélioré, transformé en permanence, est une composante essentielle du management car elle renforce un besoin d’entente et de collaboration naturel. 

Le travail collaboratif peut prendre diverses formes, le mieux étant, comme en « permaculture » de favoriser idéalement les envies et les suggestions qui émergent naturellement des équipes et de la voix des clients, de partir de ce qui existe et d’avancer par étapes en expérimentant, à petits pas, en commençant par le plus simple, en s’appuyant sur ce qui marche, en enrichissant et en corrigeant grâce aux nombreux « feed-back ».

La mise en place d’ateliers agiles peut aussi permettre, en donnant du sens au travail collectif,  de construire par exemple une vision projet ou un plan d’action, de « brainstormer » pour générer de nouveaux services, de nouvelles expériences clients ou de nouveaux modes de fonctionnement, de résoudre des difficultés, de mesurer l’impact ou la faisabilité d’une action ou d’un projet, de partager et de modéliser des bonnes pratiques, de faire travailler les équipes sur des démarches d’innovation et d’amélioration continue avec des « sprints », des « irritants » à traiter, de démarrer un « team coaching », d’accélérer une dynamique d’équipe, de renforcer la transversalité entre services…

Ces ateliers sont le plus souvent animés par des « faciliteurs » capables d’écouter sans jugements, de poser les bonnes questions, de recentrer, de valider les avancées, de réguler le groupe si nécessaire, de pratiquer l’humour à bon escient, de prendre de la hauteur pour analyser ce qui se passe en groupe, de valoriser, de soutenir, d’encourager…

Développer une curiosité « tous azimuts »

La « permaculture » s’intéresse aussi à ce qui survient « à la marge » et n’était pas prévu, car ce peut être une source de découverte innovante, elle fait confiance à l’imprévu et à l’intuition, elle accueille de façon positive et proactive tout ce qui émerge. Cela revient à avoir développé une curiosité naturelle, un sens de l’ouverture et de l’observation aiguisé, ainsi qu’une capacité à sortir de son cadre de références en agissant de façon appropriée. Un nombre croissant de managers sont ainsi friands de « learning expéditions » sur de nouveaux territoires, de conférences et de lectures dans des domaines divers où ils vont aussi pouvoir se nourrir, s’oxygéner et s’inspirer avec leurs équipes.

Cultiver un optimisme contagieux

La psychologie positive, étudiée et théorisée par Martin Seligman et ses équipes, est également au cœur de cette approche plus ouverte du management. Son principe consiste à prendre appui sur toutes les réussites et les forces vives présentes, à les valoriser pour entretenir la confiance, à accueillir les « irritants » en sachant lire leurs « intentions positives cachées de changement », à apprendre des erreurs et à les assumer comme autant d’occasions d’apprentissage.

Il s’agit d’un état d’esprit qui fait le pari de l’optimisme, c’est-à -dire non pas d’une posture angélique qui appartiendrait à un monde imaginaire de « bisounours », mais bien plus d’une conception de la vie comme autant d’opportunités de réjouissance ou d’apprentissage. Spinoza considèrait d’ailleurs qu’être, c’est persévérer dans son être, faire l’effort d’exister en exprimant pleinement sa force vitale et en recherchant de l’intensité.

Dans cet esprit, les équipes qui prennent plaisir à travailler ensemble, développent une puissance d’être et d’agir dont l’énergie est un moteur considérable. La joie cultivée au quotidien est une source profonde de motivation, elle permet de persévérer et de dépasser bien des difficultés en restant du côté du désir, qui est l’essence même de notre nature.

Favoriser les alliances naturelles

La « permaculture » repose enfin sur l’idée essentielle que tout est interdépendant et privilégie l’association de plantes diverses et complémentaires, comme dans la nature, car c’est souvent le signe d’une alliance bénéfique. De la même façon, l’idée est de favoriser les meilleures complémentarités et collaborations en laissant émerger puis en cultivant des équilibres naturels dans les équipes et en transversal, sans rien imposer, en sachant juste créer les conditions de leur épanouissement. Le véritable talent du manager réside alors dans cette aptitude fine à comprendre où sont les meilleures associations et potentialités et à les laisser s’exprimer en toute autonomie, en valorisant les réussites.

En guise de conclusion de ces quatre épisodes

La nouvelle loi « PACTE » qui vise aussi à intégrer la Responsabilité Sociale et Environnementale des entreprises dans le droit français, le développement de l’agilité au service de transformations importantes, la quête de sens des nouvelles générations… sont autant de signaux forts qui renforcent la probabilité de développement de ces nouvelles approches managériales. Les entreprises du XXIe siècle qui dureront et se transformeront de façon soutenable, seront sans doute celles qui choisiront de revisiter des modes managériaux et de gouvernance issus des grands mythes des siècles précédents, mais devenus inadaptés aux enjeux actuels et à venir. Un grand nombre d’entre-elles en ont déjà pris le chemin.

 

Florence Guillerm – coach agile et facilitatrice

A propos de l'auteur
Béatrice Van Bastelaer

Directrice Acemis / Transformation par l'expérience clients

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